Notre compatriote Alexander Blockx se montrait, lui, heureux de son succès en trois manches : « Je craignais une partie en cinq sets. Heureusement, j’ai joué en fin de journée et l’ombre du Lenglen est venue sur mon court. »
La grande question qu’on peut se poser en voyant cette météo qui va se prolonger toute la semaine, c’est de savoir comment les joueurs peuvent s’y préparer et la gérer. Pour nous éclairer, nous avons pris le pouls chez Marc Francaux, professeur en physiologie de l’exercice à l’UCL et doyen de la faculté des sciences de la motricité.

Monsieur Francaux, comment réagit le corps face aux températures élevées ?
Il existe une température corporelle optimale pour faire de l’exercice physique : 38,5 degrés. Ça veut dire que les athlètes ont raison de s’échauffer pour augmenter leur température corporelle. Mais si la température corporelle devient trop élevée, il y a une réaction de protection de l’organisme qui est régulée au niveau du cerveau. Des signaux de fatigue s’installent. Et c’est ce qu’on risque d’avoir avec des températures aussi élevées, d’autant plus que le tennis est un sport qui se pratique avec un rayonnement solaire direct.
Contrairement à Melbourne ou New York, il fait plus sec à Paris ?
S’il faisait en plus humide, ce serait encore plus compliqué, parce que la sueur ne s’évapore pas. Et typiquement, dans le tennis, c’est très compliqué de se protéger, à part au moment des changements de côté où les joueurs peuvent s’abriter un peu, mais ce n’est pas très long. Ces températures auront un impact surtout sur les matchs qui vont durer en pleine journée. Ils vont aussi ramasser un peu de chaleur radiante par le sol, parce que la terre battue va emmagasiner de la chaleur pendant la journée, et va redonner cette chaleur le soir. Dans ce domaine, l’herbe, c’est mieux. Le pire, c’est le dur.
L’idéal, ce serait de pouvoir mettre une veste de refroidissement. »
Comment les joueurs peuvent-ils se préparer ?
Il y a deux types de préparation. La première se fait en amont en s’adaptant à la chaleur. Comme Monsieur ou Madame tout le monde : dès qu’il commence à faire un peu chaud au début du printemps, on trouve qu’il fait étouffant, et quelques jours après, on trouve cela supportable. Ce sont des adaptations qui s’installent assez vite. En quelques jours, on peut objectiver les premières adaptations. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’impact de la chaleur sur la performance sportive, mais elle est un peu réduite. Donc ce qu’il faut faire, c’est s’entraîner dans des conditions de chaleur. Ceux qui viennent des pays chauds vont avoir un avantage. Ceux qui iront au bout de la quinzaine auront suffisamment de temps pour s’adapter.

Et la deuxième ?
L’adaptation à plus court terme, au moment de la préparation du match, c’est arriver sur le court avec une température qui n’est pas trop élevée. Ils doivent s’échauffer, c’est inévitable, mais il ne faut pas qu’ils le fassent de trop. Pour cela, il faut préconiser un échauffement en alternance et utiliser, par exemple, des vestes de refroidissement.
Comment faut-il agir quand le match a commencé ?
Cela devient plus compliqué. Il faut prendre suffisamment des boissons fraîches sans oublier de mettre des électrolytes (NdlR : une substance conductrice) dedans car ils vont subir des pertes. Celles-ci peuvent être mesurées à l’avance. Le seul moment où ils peuvent se rafraîchir, c’est au moment du changement de côté. L’idéal, ce serait de pouvoir mettre une veste de refroidissement mais ils n’ont pas le temps en une minute et trente secondes.
Est-ce tout ?
Non ! Le système nerveux est sensible à la température corporelle interne, mais à la température de la peau aussi. Donc, essayer de maintenir la peau fraîche va donner au système nerveux un signal comme quoi, finalement, il ne fait pas si chaud. Donc, tout système qui permet de rafraîchir la peau, et idéalement de grandes surfaces, sera utile. S’ils sont partis pour cinq sets, ils doivent aussi prendre des hydrates de carbone. Mais ce geste est utile pour tous les matchs.
Et après les rencontres ?
Pour ceux qui vont enchaîner, il est très important d’essayer de réduire la température corporelle le plus rapidement possible. Il faut se mettre au froid. Un bain froid est intéressant. Pas glacé, autour des huit degrés tout en se réhydratant.
Avez-vous un autre conseil ?
Ce que les sportifs négligent souvent, c’est l’exposition au soleil. Quand on voit les études épidémiologiques sur la prévention des cancers, on sait que l’activité physique a des effets bénéfiques sur la prévention de toute une série de cancers. Il y a un cancer qui prévaut chez les sportifs, c’est le mélanome. L’interprétation qu’on a de ça, c’est que les sportifs ne protègent pas suffisamment leur peau lorsqu’ils sont exposés au rayonnement solaire. Ils pensent que la sueur joue le rôle d’une crème solaire, ce qui n’est absolument pas vrai. Il y a des crèmes que les dermatologues peuvent prescrire qui sont relativement compatibles avec la pratique sportive.
Faut-il aussi se protéger la tête ?
Oui, ne pas oublier la casquette et des vêtements plutôt clairs, tout cela va pouvoir aider. Maintenant, rien ne fait des miracles. Quand il y a un stress sous la chaleur, on peut mettre toute une série de mesures en place qui vont limiter les effets délétères, mais rien n’est miraculeux. Et ce qui est le plus efficace, c’est s’y préparer.
Le sportif ne sait pas se surhydrater… »
Avec une plus grande absorption de boissons ?
Il ne faut pas croire que boire de grandes quantités va changer quelque chose. On ne sait pas se surhydrater. Il faut boire normalement, régulièrement. Nos reins éliminent l’eau qu’on amène en excès de manière très rapide. Les joueurs vont uriner très rapidement. Dès que l’échauffement a commencé, ils peuvent prendre plus qu’ils ne prennent d’habitude : un à deux litres par heure. Cela dépend de ce qu’ils vont mettre dans leur boisson.
La crampe est-elle le premier signe des effets néfastes de la chaleur ?
C’est compliqué. La crampe, ce n’est pas le muscle, c’est le système nerveux qui induit la crampe, qui donne au muscle l’instruction de se contracter. La crampe, c’est un déséquilibre entre la capacité à induire des contractions musculaires par le système nerveux et l’état de fatigue, l’entraînement. On peut faire des crampes quand il fait très froid. Et l’acide lactique n’a rien à voir là-dedans. Les athlètes qui font les plus hautes concentrations d’acide lactique, ce sont les coureurs de 400 mètres et les nageurs de 100 mètres de nage libre. Je ne vois jamais ceux-ci avec une crampe.
Le tennis est un sport à crampes…
Et pour les joueurs de tennis ?
La chaleur peut contributeur à la fatigue tout comme les pertes électrolytiques. Cette accumulation de fatigue peut générer des crampes. La probabilité de crampe quand il fait chaud, et qu’on a des pertes sudorales très importantes, est grande. D’autant plus que ce sport demande des efforts extrêmement explosifs avec des contractions musculaires extrêmement intenses à chaque échange. Ça fait que c’est un sport à crampes. Le cerveau va donner l’ordre de faire toutes ces contractions. Puis il faut que le muscle se relâche. Le problème de la crampe, c’est que le cerveau va continuer à pulser. Il ne va pas s’arrêter parce qu’il y a un système d’inhibition qui ne va plus se mettre en place. C’est lié à un déséquilibre entre la capacité d’exercice et l’état de fatigue. Des gens très entraînés vont faire moins vite des crampes. Mais il y a aussi des gens qui sont plus susceptibles aux crampes que d’autres génétiquement.
