Benoît, quand avez-vous découvert Roland-Garros ?
En 2003, j’ai couvert le match entre Justine Henin et Kim Clijsters. Des collègues géraient le sportif et moi j’ai été dépêché pour suivre la famille royale. Pendant tout le match, je n’ai suivi que leurs réactions. J’étais le seul photographe qui tournait le dos au court.
Qu’est-ce que vous aimez dans un tournoi comme Roland-Garros ?
L’ambiance. On travaille dans un cadre agréable où on respecte le photographe, contrairement à d’autres sports. Ici, on connaît les habitudes, les joueurs et leurs réactions.
Expliquez-nous…
Zizou Bergs à la fin d’un match, tu sais qu’il va exulter. Techniquement, tu n’es pas avec un objectif serré. David Goffin, c’est différent. Il va juste faire un truc avec ses mains. Tu travailles donc avec un long objectif, pour faire un cliché serré. La célébration d’un joueur, c’est une seconde. Deux secondes après, on n’est déjà plus dans la même énergie.
Comment anticipe-t-on le bon moment ?
L’habitude. En Coupe Davis, le joueur se retourne vers l’équipe après un succès. L’idée, c’est d’être le plus près possible du banc. Il faut éviter d’avoir des supporters devant toi qui vont se lever et te gâcher ton image. Il faut aussi éviter la chaise de l’arbitre. Il y a une tactique. L’objectif, c’est de pouvoir être là au bon endroit. Quand la fin du match arrive, il faut se placer du bon côté pour être bien mis pour la poignée de mains. Quand les échanges sont lancés, tu ne peux plus bouger.
Est-ce qu’il y a un spot que vous appréciez à Roland ?
Le plus connu, c’est celui sur le central où nous sommes derrière les joueurs au niveau du sol, dans une fosse. On est très bas et on a une vue sur tout le stade. Le cliché classique, à cet endroit, c’est quand un joueur prend une balle vers l’arrière et se retourne un peu vers nous.
Y en a-t-il un autre ?
Celui au-dessus du village. Tu surplombes les courts 6, 7, 8 et 9. Il faut un pass spécifique pour s’y rendre car on ne peut y être trop nombreux. Quand les joueurs servent, tu les as bien d’en haut, sans fond, tu n’as que la terre. Cela représente bien Roland-Garros. Sur le Chatrier, tu peux aller tout en haut. C’est intéressant parce que tu as des photos très propres.

Comment prépare-t-on sa journée ?
Je travaille pour une agence belge, donc mes clients (journaux, sites internet, etc) sont belges. Je consulte les journalistes pour savoir où ils vont se concentrer et quels matchs ils vont suivre. Je vais orienter mes choix de cette manière pour ne pas rater les joueurs belges.
Et si plusieurs Belges jouent en même temps ?
La priorité, c’est d’être à la fin de chaque match. Je scrute l’application du tournoi en permanence pour être prêt au bon moment. Avec les années, je connais les accès, les raccourcis. Quand un joueur gagne, je vais directement près de ses parents, son entraîneur, parce que sa jubilation sera tournée de ce côté-là. Quand j’ai vu Zizou Bergs la première fois, je me suis dit : on a un mec qui va offrir des photos. David Goffin joue au tennis, mais Zizou, il offre des photos.
Possédez-vous d’autres astuces ?
Pendant le match, je fais des photos des joueurs quand ils râlent ou quand ils donnent l’impression de gagner. Pourquoi ? À la fin du match, les rédactions vont vouloir une photo tout de suite. Le temps du processus de transmission peut prendre une minute. Je prends un exemple. Zizou gagne et se jette par terre. On fait une photo de lui qui tombe. Mais il va se relever, il va peut-être encore aller embrasser le drapeau. Pendant ce temps-là, je n’envoie pas des photos. Entre la fin du match et la première photo envoyée, il y a deux, trois minutes. Un laps de temps trop long pour les rédactions. Voilà pourquoi les premières photos du sujet souriant ou déçu sont importantes.
Y a-t-il des codes particuliers dans le milieu du tennis ?
En 2020, avec le Covid, le tournoi s’est disputé avec une jauge très basse. On utilisait encore des appareils de type reflex avec un miroir qui se relève et donc qui fait clic-clac. Les joueurs les entendaient. C’était devenu embêtant. Cela a coïncidé avec les premiers bons appareils hybrides qui ne font pas de bruit. C’est devenu la norme.
