Depuis sa défaite surprise en demi-finale de l’Open d’Australie, les chiffres de sa saison sont ébouriffants. Sur terre battue, il a signé un triplé historique en remportant Monte-Carlo, Madrid puis Rome. Un « Grand Chelem rouge » que seul Rafael Nadal avait réalisé en 2010. L’Espagnol comptait déjà quatre Coupe des Mousquetaires à son palmarès, le seul trophée majeur qui manque à Jannik Sinner, qui en a fait plus qu’un objectif, une obsession pour cette saison 2026. À seulement 24 ans, l’Italien est sur des temps de passage ahurissants. Avec son sacre à Rome, il est devenu le deuxième joueur de l’histoire à compléter toute la collection des Masters 1000. Le premier ? C’était Novak Djokovic… à 31 ans, soit sept ans de plus que Sinner aujourd’hui. Le Serbe a aussi perdu le record de 31 victoires consécutives dans cette catégorie de tournois, porté à 34 par l’Italien.
Un an après la finale titanesque remportée par Alcaraz, malgré les trois balles de match de Sinner et 5 h 29 de combat, on voit mal qui pourrait venir s’interposer sur la route du n°1 mondial durant cette quinzaine, bien qu’il ait été « difficile de tourner la page » de l’édition 2025, a confié l’Italien cette semaine.
« Le seul moyen, c’est de l’user. Il faudrait plusieurs matchs très longs pour le grignoter physiquement »
Un tableau clément
Pour Florent Serra, ex-36e mondial et suiveur assidu du circuit pour Canal+ et RMC, « ils devront s’y prendre à plusieurs ». Le rare set égaré par Sinner à Rome face à Daniil Medvedev a montré qu’une défaillance physique n’est pas à exclure chez l’Italien, essoufflé comme rarement sur sa chaise lors de sa demi-finale face au Russe. « Le seul moyen de le bousculer, c’est de l’user. Il faudrait plusieurs matchs très longs, contre des joueurs capables de lui faire jouer plus de trois heures, dans des conditions difficiles, avec de la chaleur. Des profils de terriens argentins ou espagnols, dans un grand jour, peuvent le grignoter physiquement et ça peut peser sur une quinzaine », souligne l’ancien joueur bordelais.
Mais le tirage au sort l’a plutôt épargné, avec toutefois un éventuel deuxième tour face à l’Argentin, vainqueur du Challenger de Bordeaux, Juan Manuel Cerundolo. Ses armes restent assez limitées pour égratigner la machine Sinner. « On voit mal qui pourrait l’arrêter dans sa partie de tableau », concède Florent Serra.
Et c’est là toute la problématique. Sans son seul et unique rival Carlos Alcaraz, Jannik Sinner est sur une voie royale, trop royale. Le suspense semble déjà éventé et seul un (très) mauvais jour de l’Italien peut perturber sa quête. « La nature a horreur du vide, il y aura forcément des joueurs qui vont en profiter pour émerger, souligne le Palois Nicolas Escudé, ex-17e mondial et consultant pour Eurosport. Une génération se crée avec les Fonseca, Jodar et aussi Arthur Fils. Elle va finir par s’inviter à ces hauteurs. »
Djokovic ou Zverev ?
Avec le forfait d’Alcaraz déjà acté pour Wimbledon, l’Italien peut encore creuser l’immense gouffre entre lui et le reste du monde. S’il venait à remporter Roland-Garros et Wimbledon, dont il est le tenant du titre, il aurait environ 7 000 points d’avance sur l’Espagnol, pourtant lui aussi à distance du reste du peloton.
