Si Roland-Garros n’a pas souri dimanche aux Suissesses, sorties sans ménagement du tournoi, la terre battue parisienne met en revanche en lumière une très intéressante Marta Kostyuk et un Alexander Zverev qui, pour le moment, semble gérer les attentes. Chez les hommes, l’empoignade Casper Ruud-Joao Fonseca a tenu pas mal de promesses.
LE GRAND PLOUF Belinda Bencic n’a pas grimpé dans le quart et il y aurait pas mal à redire sur son effondrement devant Elina Svitolina, alors qu’elle avait fait tout juste en début de match (défaite 4-6 6-4 6-0). C’est à partir de 5-2 en sa faveur dans la manche initiale, et sans que rien ne change vraiment tactiquement sur le court d’un côté comme de l’autre, que la Saint-Galloise a commencé à piquer du nez. Si elle a préservé l’essentiel en enlevant tout de même le premier set, elle a par la suite vu son tennis s’éroder petit à petit et carrément exploser dans la dernière ligne droite. Son service est toujours aussi peu performant. Quel dommage, tant son adversaire semblait prenable!
RÉACTION PRIMORDIALE Jamais arrivée en deuxième semaine à Paris avant cette édition, Belinda Bencic devra conserver le positif de ce qu’elle vient de réaliser, mais se posent néanmoins certaines questions quant à son attitude dimanche au fil de la rencontre. On l’a en effet soudainement vue comme tétanisée par l’idée de gagner, puis apathique ensuite lorsqu’elle n’arrivait plus à répondre à une Svitolina qui n’était pourtant pas sur un nuage. Peut-elle encore progresser pour aller chercher ce petit quelque chose qui la ferait basculer vers les sommets? Son dernier Wimbledon (superbe parcours jusqu’en demi-finale) rappelle que tout est possible. Il ne lui faut pas rater le virage post-Roland.
TEICHMANN ENTRE FIERTÉ ET REGRETS Jil Teichmann n’a pas non plus franchi le cap des 8es de finale. La Biennoise a affiché un déficit de lucidité dimanche devant Mirra Andreeva (défaite 6-3 6-2). Trop sur la défensive, pas assez prompte à entrer dans la balle, la 170e WTA a parfois confondu vitesse et précipitation. Elle a ainsi surtout manqué le coche en 1re manche, lorsque la Russe, qui partait dans l’inconnu, était encore hésitante avec son tennis. « Il y a des choses que je n’ai pas bien faites« , a regretté la gauchère. Reste que bien qu’elle n’ait pas accroché le quart, Teichmann peut être satisfaite du chemin parcouru. Il ne s’agissait que de son deuxième 8e de finale à Paris et sa patte gauche demeure un superbe atout. A confirmer ces prochaines semaines, où elle pourrait poursuivre son rebond direction le top-100 WTA.
COSTAUDE KOSTYUK C’est une performance plus que parfaite que Marta Kostyuk a signée pour renvoyer Iga Swiatek à ses chères études. 7-5 6-1, le tarif a été sec pour la Polonaise. La 15e WTA, dont la qualité des frappes n’est plus à démontrer, n’a pas cessé de monter en puissance au fil de ce 8e de finale. Il fallait bien cela pour lui permettre d’atteindre son 2e quart en Grand Chelem après celui vécu (et perdu) en Australie voici deux ans et demi. « Je suis sous le choc, a-t-elle relevé. Je ne m’y attendais pas forcément. Mais je me suis réveillée ce matin en me disant que j’avais la chance de vivre des matches comme ça, sur des courts pareils… » L’Ukrainienne a donc pleinement profité de son bonheur intérieur pour évoluer avec justesse et légèreté. Sur sa route, se dressera mardi sa compatriote Elina Svitolina. Et quelque chose nous dit qu’après ses titres à Rouen et Madrid et au vu de sa forme, la joueuse de bientôt 24 ans n’en a peut-être pas fini avec son parcours parisien.
IGA RAPLAPLA Dépassée dans l’échange par Kostyuk et frustrée de se voir pareillement dominée et rouée de coups (gagnants), Iga Swiatek n’a pas tenu mentalement après avoir manqué l’occasion au moment de servir pour le gain de la 1re manche et avoir ensuite galvaudé le break qu’elle avait réussi d’entrée dans le 2e set. L’ancienne reine de Roland n’a, cette année, jamais été suffisamment à l’aise pour qu’on l’imagine en mesure de retrouver sa couronne. Tout en étant réaliste, elle s’en voulait à l’heure de l’analyse: « J’ai perdu le contrôle du match et il n’y avait aucune moyen de revenir, a-t-elle soupiré. Je sais que je me suis inclinée parce que j’étais tendue. Et je me sentais de pire en pire…«
17 ANS D’ÉCART Toujours aucun set égaré dans cette quinzaine pour Sorana Cirstea, qui vit sa « meilleure vie » à 36 ans et à cinq mois de la retraite. La Roumaine retrouve les quarts de finale parisiens dix-sept ans après sa seule apparition à ce stade-là du tournoi. Mais rien ne semble pouvoir la détourner de son envie de ranger sa raquette à la fin de l’année. « Oui, les choses prennent un meilleur tournant que ce que j’aurais pu imaginer pour ma dernière saison, mais pour l’instant, ma décision n’a pas changé, sourit-elle. Je ne vais pas remettre en question quoi que ce soit ou me mettre la pression. » En prenant les choses avec un peu plus de légèreté, la sympathique WTA 18 ne se fixe plus de limites. Mirra Andreeva ne lui fait pas peur.
ZVEREV (R)ASSURE Considéré – à tort ou à raison – comme le nouveau favori du tableau masculin après les sorties de route de Jannik Sinner et Novak Djokovic, Alexander Zverev sait qu’une certaine pression pèse sur ses épaules et ne devrait pas cesser d’augmenter au fil des tours. S’il a toussoté devant Quentin Halys dans la foulée de l’élimination du Serbe en concédant une manche, l’Allemand s’est plutôt bien repris en 8e de finale contre le « lucky loser » Jesper De Jong, battu 7-6 6-4 6-1. Certes pas forcément en verve sur sa mise en jeu, le finaliste 2024 a en revanche été très solide dans le jeu, armant notamment 43 coups gagnants. Ne le voilà que partiellement rassuré, car personne ne l’a encore testé dans ce tournoi. Sa confrontation à venir avec Rafael Jodar, sorti en 5 sets du piège Pablo Carreno Busta et qu’il n’a encore jamais affronté, devrait nous donner de nouvelles indications. Mais jusqu’au bout de la quinzaine subsistera un doute (des doutes?) quant à la capacité de Zverev, qui n’y est jamais parvenu, à s’adjuger un tournoi majeur. « Je gère bien les situations, j’ai confiance en mon jeu« , pose le principal intéressé.
LA RUDE LOI DE FONSECA Vendredi, Casper Ruud avait livré un match assez dingue contre Tommy Paul, quelques heures après que Joao Fonseca avait pour sa part dégainé une performance phénoménale devant Novak Djokovic dans ce qui restera certainement comme « le » match de la quinzaine. Alors, que croyez-vous qu’ont offert le Norvégien et le Brésilien au moment d’en découdre en session de nuit sur le Chatrier? Eh bien une empoignade de haut vol, pardi! Les deux hommes n’ont rien lâché et composé une nouvelle soirée haute en couleur pour le public parisien. Ruud pourra toutefois longtemps s’en vouloir d’avoir galvaudé 3 balles de set dans le tie-break d’une 2e manche durant laquelle il a pourtant été époustouflant. S’il s’est rebiffé dans la manche suivante, il a fini par ne pas tenir devant la puissance d’un Fonseca qui, décidément, ne cesse d’épater (7-5 7-6 5-7 6-2). Au prochain tour, le Brésilien de 19 ans croisera le fer avec Jakub Mensik, d’un an son aîné, tombeur en 5 sets d’Andrey Rublev.
DIX ANS D’ATTENTE Pour la première fois depuis 2016, lorsque Roland-Garros avait conjointement sacré Garbine Muguruza et Novak Djokovic, le tournoi parisien aura deux lauréats inédits. Cela était acquis dans le tableau masculin depuis vendredi soir et le chute du Serbe. C’est désormais une certitude aussi du côté des dames depuis que Swiatek s’est pris les pieds dans le tapis.
Arnaud Cerutti
