
Née de l’imagination d’une bande de copains il y a quatre ans, l’association Tribune Bleue s’est imposée comme le poumon vocal du clan français à la Porte d’Auteuil. Entre ferveur populaire, proximité sur les courts annexes et respect du jeu, plongée au cœur d’un kop pas comme les autres.
Depuis le début des qualifications, un vent de fraîcheur et de décibels secoue les allées de Roland-Garros. Ils s’appellent Inès, Enguerrand, Samuel ou Julien. Ils ont entre 23 et 28 ans, et ils viennent des quatre coins de l’Hexagone : Lille, Angers, Nîmes ou Paris. Chaque jour, ils sont près d’une centaine à se relayer, vêtus du t-shirt bleu de l’association, avec un objectif unique : s’arracher la voix pour pousser les joueurs français vers les sommets avec des champs comme « c’est à babord que l’on chante les plus forts. »
Le « tennis terroir » comme philosophie
Loin du microcosme feutré des grands courts et des loges souvent vides, la Tribune Bleue préfère miser sur les joueurs français qui ne sont pas forcément les mieux classés avec un crédo: le « tennis terroir ».
« Nous, ce qu’on aime bien, c’est le tennis terroir », explique Samuel, cofondateur de l’association. « Les joueurs qui n’ont pas forcément du soutien au quotidien, des joueurs un peu moins bien classés, c’est là où nous, on va sentir d’autant plus l’impact. »
Pour ces fans bleus, blancs, rouges, peu importe le classement, l’âge ou la notoriété sur le circuit: seul compte le drapeau. Des jeunes espoirs aux qualifications comme Daniel Jade aux joueurs plus chevronnés du circuit, chaque Français a le droit au même soutien. C’est sur les courts annexes et le Simonne-Mathieu accessible dans sa partie supérieure là où la proximité avec le public est maximale, que la magie opère.
Quand « la plèbe » fait chanter les loges VIP
Une scène étonnante lundi en fin de journée. Terence Atmane défie l’Australien Kokkinakis sur le court 6. Il est au pied du Philippe Chatrier. Les spectateurs du Central surplombent donc ce petit court. Emmené dans un cinquième set plein de suspense, le match va devenir l’attention de tout le stade.
« C’était un peu la plèbe qui était en train de mettre l’ambiance pour le Français, raconte un membre de La Tribune Bleue. On avait les gens là-haut avec leur champagne, qui finalement ont fini par nous suivre sur les clappings, les ‘Aux armes’ ou les ‘Babor Tribor’. C’est le kiff de se dire que des gens qui ont payé leur billet 300 euros finissent par nous regarder et nous suivre depuis le grand terrain. »
Les joueurs valident
Si le tennis est un sport traditionnellement silencieux pendant les échanges, la Tribune Bleue a su imposer ses codes (comme le célèbre chant « Sha-la-la » qui monte crescendo avant d’exploser) tout en restant dans le respect le plus total du jeu. Une ferveur qui ne vise pas à faire « dégoupiller » l’adversaire — nombre d’entre eux, à l’instar de Thanasi Kokkinakis, viennent d’ailleurs les saluer chaleureusement à la fin du match — mais bien à transcender le joueur français.
Et les athlètes en redemandent. Elsa Jacquemot, 67e mondiale, ne cache pas son bonheur face à ce soutien: « Je trouve ça cool qu’ils essaient de mettre ça en place pour nous. Ça nous pousse, en fait. On ne se rend pas compte, mais il y a un impact aussi extérieur où des fois tu peux ne pas être bien et ça joue et ça nous fait du bien. » Plus qu’un simple groupe de supporters, la Tribune Bleue étend aussi son rayonnement au-delà des frontières puisque l’association se rend à Melbourne, à Wimbledon et à New York.
